Corps à Corps
Centre Pompidou, Paris
 
Corps à corps
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Corps à corps

Corps à corps, Christer Strömholm; Narcisse, de la série Les amies de Place Blanche, 1968
Épreuve gélatino-argentique. Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, Paris, achat 2011
© Christer Strömholm Estate. Reproduction photographique : Centre Pompidou
Mnam-Cci/Georges Meguerditchian/Dist. RMN-GP

Il s'agit de montrer dans cette exposition deux collections, celle publique, du Centre Pompidou - Musée national d'art moderne et celle, privée, du collectionneur français Marin Karmitz (un ensemble d'environ 1500 tirages). Une première exposition de sa collection fut montrée en octobre 2017, à La Maison rouge (Fondation Antoine de Galbert), elle s'intitulait : "Étranger Résident".

"Corps à corps" offre un autre regard sur les représentations photographiques de la figure humaine, aux 20e et 21e siècles. Ce sont plus de 500 photographies et documents, réalisés par quelque 120 photographes historiques et contemporains (voir listing en Notes). Ce corpus a pour programme de "déborder" les catégories classiques telles que le portrait, l'autoportrait, le nu ou encore la photographie dite humaniste. Il s'est agi de montrer les particularités, des manières de voir photographiques et certaines correspondances entre artistes. Ce sont des thèmes, des sujets, ou bien des obsessions communes, dans leur manière de capter le réel à travers leur propre style. Le commissariat est assuré par Julie Jones, conservatrice, avec Marin Karmitz. Ce dernier, issu des métiers du cinéma, se fascine pour la photographie d'après-guerre ; sa collection photographique s'attache à la représentation du monde et des univers où sont représentées la disparité des classes sociales. De l'avant-garde, retenons entres autres artistes, le photographe Stanisław Ignacy Witkiewicz, dont Marin Karmitz a récemment fait don d'un ensemble d'œuvres important au Centre Pompidou, jusqu'à des figures contemporaines, comme l'artiste SMITH. "Nous proposons des confrontations sur l'idée de la photographie et du corps photographié. Chacun apporte une approche qui est la sienne, nos différences, nos complémentarités forment un tout. C'est ce "tout" que nous exposons ici." M. Karmitz.

L'ensemble des photos et des photographes représentés a évidemment un caractère historique. L'exposition est divisée en 7 thématiques : Les premiers visages, Automatisme, Fulgurances, Fragments, En soi, Intérieurs, Spectres.

Les allemands sont très présents tout comme certains photographes des pays de l'Est. On remarquera Walker Evans (1903-1975) qui figure avec son fameux ouvrage original sur l'Amérique de son époque en pleine dépression (1). Il viendra à Paris étudier à la Sorbonne en 1926 et restera 13 mois en France, avant d'aller en Italie. En mai 1936, il suit le fameux écrivain, James Agee, engagé par le magazine Fortune pour écrire un article sur les métayers du Sud vivant dans la misère. Ils passent l'été dans en Alabama, dans le comté de Hale, où ils partagent la vie de trois familles : les Fields, les Tingle et les Burroughs. L'article sera refusé. Plus tard, Agee travaille au manuscrit d'un ouvrage sur ce sujet, qui sera publié en 1941, avec un portfolio de 31 photographies d'Evans (Let Us Now Praise Famous Men/ louons maintenant les grands hommes) – l'ouvrage fera date dans l'histoire du reportage social. Le titre fait référence à un passage de l'Eclésiastique (chap. 44) qui commence par "Faisons l'éloge de ces personnages glorieux qui sont nos ancêtres." Il paraît en 1941. Voir Note.

En 1938, le MoMa organise la première exposition monographique majeure qui lui est consacrée : "Walker Evans, American Photographs". Allons vers d'autres photographes : Jacob Tuggener, Saul Leiter, Brassaï, Man Ray, Chris Marker, Val Telberg… Pour les portraits et les visages, le mot de Lévinas est cité dans le texte de présentation : "[…] il y a dans le visage une pauvreté essentielle ; la preuve en est qu'on essaie de masquer cette pauvreté en se donnant des poses, une contenance. Le visage est exposé, menacé, comme nous invitant à un acte de violence. En même temps, le visage est ce qui nous interdit de tuer". Voir le visage photographié par Stanisław Ignacy Witkiewicz (1912-1914). Ou bien Paul Strand. On n'oubliera pas que la collection du Centre Pompidou est riche de 40 000 tirages. La collection de Marin Karmitz a été constituée par deux spécialistes : Christian Caujolle et le galeriste new-yorkais Howard Greenberg. Les croisements entre ces deux collections permettent de confronter des versions différentes de photographies du même auteur. Exemple de la noyée de la Seine qui a inspiré de nombreux artistes, tel Man Ray avec un photomontage et une sculpture. Remarquons le portrait de Billie Holiday par Lee Friedlander et celui de la cantatrice américaine, Marian Anderson, par Richard Avedon. Ce sont des multiples facettes du corps mis en scène par les photographes qui jalonnent ce parcours, où figurent aussi de grands classiques tels Edouard Boubat, Willy Ronis, Robert Doisneau…). Certaines photographies en couleurs ont peu d'intérêt ; tel l'ensemble de la street phototography américaine. Julie Jones, la commissaire de l'exposition précise son propos : "Je pense en effet que la méthode de travail en "face-à-face", que nous avons privilégiée ici, permet d'envisager de manière inédite l'histoire des regards photographiques. Par ces dialogues entre artistes et œuvres, réunis par nos subjectivités et nos histoires respectives, nous évitons le classicisme des genres et des catégories historiques attendus. Nous ne parlons pas de portrait, de nu, de photographie humaniste, de féminisme, ou encore de photographie documentaire mais cherchons à donner à voir la nature complexe du rapport entre regardeur et regardé. Il est parfois aussi bénéfique d'appréhender une pratique en la déshistoricisant, pour finalement mieux la comprendre et la réintégrer, peut-être, dans une autre histoire."

Cette exposition qui est divisée en sept parties et thèmes permet de voir la manière dont les photographes à des époques différentes ont saisi les visages, les corps, le mouvement et la personnalité des sujets humains ainsi que l'actualité de certaines époques. Par la sensibilité des deux protagonistes et par la manière (le style du photographe, par exemple, ou l'accident visuel) de percer le mystère de la nature humaine. Une exposition qui fait voyager dans le temps.
 
Patrick Amine
Paris, octobre 2023
 
Corps à corps - Histoire(s) de la photographie.
Collections de photographies du Centre Pompidou
Musée national d’art moderne et de Marin Karmitz.
Centre Pompidou-Paris - 6 octobre 2023 - 25 marss 2024
www.centrepompidou.fr

Corps à corps

 
Notes :
Commissariat : Julie Jones, conservatrice, Centre Pompidou - Musée national d'art moderne avec Marin Karmitz.
Catalogue de l'exposition, sous la direction de Julie Jones, 312 p. Editions du Centre Pompidou. 49 €.

Photographes exposés in Corps à corps (non exhaustif) : Berenice Abbott, Laia Abril, Michael Ackerman, Laure Albin-Guillot, Dieter Appelt, Richard Avedon, Alain Baczynsky, Hans Bellmer, Jacques-André Boiffard, Christian Boltanski, Agnès Bonnot, Constantin Brancusi, Bill Brandt, Brassaï, Johannes Brus, Gilles Caron, Henri Cartier-Bresson, Mark Cohen, Joan Colom, Antoine d'Agata, Roy DeCarava, Raymond Depardon, Pierre Dubreuil, Hans Eijkelboom, Walker Evans, Patrick Faigenbaum, Louis Faurer, Fernell Franco, Robert Frank, Douglas Gordon, Sid Grossmann, Raoul Hausmann, Dave Heath, Michal Heiman, Lewis Hine, Lukas Hoffmann, Françoise Janicot, Michel Journiac, Valérie Jouve, Birgit Jürgenssen, James Karales, Chris Killip, William Klein, Josef, Koudelka, Tarrah Krajnak, Hiroji Kubota, Dorothea Lange, Sergio Larrain, Saul Leiter, Helmar Lerski, Leon Levinstein, Helen Levitt, Eli Lotar, Dora Maar, Vivian Maier, Man Ray, Chris Marker, Daniel Masclet, Susan Meiselas, Annette Messager, Lisette Model, Zanele Muholi, Joshua Neustein, Janine Niépce, J.D. 'Okhai Ojeikere, Homer Page, Trevor Paglen, Helga Paris, Gordon Parks, Mathieu Pernot, Anders Petersen, Friederike Pezold, Bernard Plossu, Barbara Probst, Gerhard Richter, Alix Cléo Roubaud, Albert Rudomine, Ilse Salberg, Lise Sarfati, Gotthard Schuh, Claude Simon, Lorna Simpson, SMITH, W. Eugene Smith, Stéphanie Solinas, Annegret Soltau, Jo Spence, Louis Stettner, Paul Strand, Christer Strömholm, Josef Sudek, Val Telberg, Shōmei Tōmatsu, Jakob Tuggener, Ulay, Johan van der Keuken, Leonora Vicuña, Roman Vishniac, Andy Warhol, Hitomi Watanabe, Weegee, William Wegman, Koen Wessing, Nancy Wilson-Pajic, Stanisław Ignacy Witkiewicz… On peut écouter le podcast de l'exposition sur centrepompidou.fr, rubrique "podcasts".

• (1) Walker Evans et James Agee, Louons maintenant les grands hommes. Alabama : trois familles de métayers en 1936, Plon, coll. "collection Terre humaine", 1972 (1re éd. 1941), 473 p. Nouv. éd. rev., corrigée, augm. d'un index et de débats et critiques : Walker Evans et James Agee, Louons maintenant les grands hommes. Alabama : trois familles de métayers en 1936, Plon, 1993 (1re éd. 1941), 473 -[16] p. de pl., 21 cm. (ISBN 2-259-00169-6)et Walker Evans et James Agee, Louons maintenant les grands hommes. Alabama : trois familles de métayers en 1936, Pocket, coll. "Terre Humaine Poche", 2003 (1re éd. 1941), 472 p.-[64] p. de pl., 18 cm (ISBN 2-266-12787-X).

• Walker Evans : Conçue thématiquement, cette monographie met en évidence la fascination du photographe pour certains sujets typiquement américains comme les baraques des bords de routes, les devantures de magasins ou les visages des anonymes. Cette approche de l'œuvre d'Evans permet de mieux comprendre ce qui en constitue le noyau dur : la recherche passionnée des caractéristiques fondamentales de la culture vernaculaire américaine.

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